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Tisserande de nuages
Embarquez pour les mythes nordiques

Bragi

Le dieu des poètes
Brage (1844), aquarelle de Lorenz Frølich (1820-1908), Statens Museum for Kunst, Danemark. Source : Europeana ↗, licence CC0 (domaine public)

Bragi est un dieu ase. Son nom vient de bragr « (le) meilleur ». Bragi est le dieu de la poésie. Son modèle est a priori le premier scalde répertorié : Bragi Boddason (début du ixe siècle), scalde norvégien du roi Ragnarr lóðbrók. Ce Bragi-là est le père putatif des kenningar.

Le meilleur des poètes

Le dieu Bragi est le meilleur des poètes (Grímnismál, str. 44). Snorri le coince entre Týr et Heimdallr dans sa liste des dieux et dit de lui (Gylfaginning, chap. 26) :

Bragi a nom l’un [des ases]. Il est renommé pour sa sagesse et c’est le meilleur en éloquence et le plus excellent dans l’art du langage. Il connaît mieux que quiconque la poésie et de lui vient qu’elle est appelée bragr, et de son nom découle que celui ou celle qu’on appelle homme ou femme de poésie surpasse les autres en éloquence. Sa femme est Iðunn.

Ce n’est que dans ses Skáldskaparmél (chap. 10) que Snorri en fait un fils d’Óðinn. Il l’appelle l’inventeur de la poésie et l’ase à la longue barbe. Toutefois, Síðskreggr « Longue-Barbe » est un surnom d’Óðinn. Bragi a aussi la langue incisée de runes-de-pensées (Sigrdrífumál, str. 16), alors qu’Óðinn est le maître des runes.

Bragi et l’Edda en prose de Snorri

Snorri met subtilement son traité de poésie qu’est l’Edda en prose sous la tutelle de Bragi :

Le découpage des deux premières parties de l’Edda est différent selon les manuscrits. Des experts doutent de son authenticité. Il fait pour moi d’autant plus sens que la dernière partie de l’Edda EST un poème de Snorri.

Poésie et bière (ou hydromel)

Le dieu Bragi discourt avec le géant de la mer Ægir, invité à un banquet chez les dieux (Skáldskaparmál, chap. 1). Bragi disserte, naturellement, sur l’hydromel et sur la bière. Entre parenthèses, l’ivrognerie dont l’accuse Loki à un autre banquet n’est peut-être pas totalement infondée. Les bavardages de Bragi rassemblent, sans y toucher, deux séries de mythes :

Ils démarrent par le rapt d’Iðunn, l’épouse de Bragi, par le géant Þjazi. Le mythe n’a aucun rapport apparent avec la bière… jusqu’à son épilogue. On apprend dans celui-ci que Þjazi est le fils d’Ölvaldi « Pouvoir-de-la-bière ». L’exposé se termine par la création et par le vol de l’hydromel. Óðinn vole celui-ci à sa gardienne. Noter qu’une femme est à chaque fois impliquée. Les femmes continuent, dans les halles humaines autant que divines, à servir le breuvage précieux.

Bragi dans les poèmes scaldiques et eddiques

Bragi sert d’huissier à la Valhalle dans deux poèmes scaldiques du xe siècle. Il y accueille deux rois historiques. On ne peut dire si ce Bragi-là est le poète ou le dieu. En tout cas, c’est bien le dieu qui tente de refouler Loki au dernier banquet des dieux chez le géant Ægir (Lokasenna, str. 12 et suiv.). Tout ce qu’on peut en dire, c’est que cette nuit-là, il manqua de repartie.

Bragi fait aussi partie d’une ambassade envoyée par Óðinn dans les bas-fonds mythiques (Hrafnagaldur Óðins, str. 9). Il était censé aller y interroger Iðunn sur l’avenir, avec Heimdallr et Loki. Pour moi, il s’agissait plutôt de la séduire et de la ramener chez les dieux.