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Tisserande de nuages
Embarquez pour les mythes nordiques

Týr

Le manchot divin
Fenrir entravé (1909) illustration de Dorothy Hardy (1868-1937) pour Myths of the Norsemen from the Eddas and Sagas [p. 92] d’Hélène Adeline Guerber, George G. Harrap & Company, London (1909). Source : domaine public, via Wikipédia ↗

Le nom de Týr

Týr veut simplement dire « Dieu ». Le mot dieu vient lui-même de la racine indo-européenne dyeus « ciel diurne ». Le nom commun Týr sert souvent de suffixe à des surnoms d’autres dieux (d’Óðinn en particulier), tels Hroptatýr « Dieu-des-liens », etc.

Týr est aussi le nom de la rune . C’est le seul dieu à donner son nom à une rune de tout le fuþark scandinave. Selon une valkyrie, on pouvait graver deux fois la rune Týr pour être victorieux (Sigdrífumal, str. 6). Et pourtant, Sigtýr « Dieu-de-la-victoire » est un surnom d’Óðinn.

Portrait de Týr

Týr est un dieu ase. C’est le plus brave des dieux et le manchot mythique. Il n’a ni femme, ni enfants. Toutefois, Loki se vante d’avoir fait un fils à sa femme (Lokasenna, str. 40). Snorri dit de lui (Gylfaginning, chap. 25) :

Il y a encore un ase du nom de Týr. C’est le plus hardi et le plus brave et il a grand pouvoir sur la victoire dans les batailles. Il est bon que les hommes d’action fassent appel à lui. Un dicton dit que celui qui est « vaillant comme Týr » surpasse les autres hommes et ne tergiverse pas. Il est si sage qu’on dit de celui qui est « sage comme Týr » qu’il est sage. Voici un échantillon de sa vaillance : quand les ases persuadèrent le loup de Fenrir de passer le lien Gleipnir, il ne crut pas qu’ils le libéreraient, jusquà ce qu’ils missent la main de Týr dans la gueule du loup en guise de gage. Mais quand les ases ne voulurent pas le libérer, il coupa alors la main à cet endroit qu’on appelle maintenant « la jointure du loup ». Týr est manchot et il n’est pas appelé le réconciliateur des hommes.

Snorri poursuit (Skáldskaparmál, chap. 9) :

Comment doit-on désigner Týr ? En l’appelant l’ase à une main, et le père adoptif du loup, le dieu des batailles, le fils d’Óðinn.

TÝr et le géant Hymir

Týr accompagne Þórr en mission chez le géant Hymir. Ils vont quérir le chaudron que le géant Ægir a exigé pour brasser la bière des dieux (Hymiskviða). Snorri omet Týr dans son récit en prose de l’expédition (Gylfaginning, chap. 48). Pour lui, Týr est le fils d’Óðinn ; dans le poème, il est celui du géant-du-givre Hymir. Cette incohérence aurait fait désordre. La mère de Týr est une belle femme (sans nom) au front blanc toute vêtue d’or. En revanche, sa grand-mère paternelle a NEUF cents têtes. Hymir a aussi un paquet de filles qui urinent dans la bouche de Njörðr (Lokasenna, str. 34). Or, la mer a NEUF vagues pour filles. Cette mamy monstrueuse a donc des chances d’être la mer.

Týr et le loup Fenrir

C’est la relation de Týr avec Fenrir qui fait de lui ce qu’il est (Gylfaginning, chap. 34) :

Les ases élevèrent le loup chez eux et seul Týr était assez téméraire pour aller lui donner sa viande. Mais quand les dieux virent à quel point il grandissait chaque jour, et que toutes les prophéties disaient qu’il était destiné à causer leur perte, alors les ases prirent la décision de fabriquer une entrave très solide, qu’ils appelèrent Lædingr […].

Les ases passent Lædingr au loup sous prétexte de mesurer sa force. Le loup la casse du premier coup. Les ases fabriquent alors Drómi, deux fois plus solide. Ils obtiennent que le loup l’accepte avec des promesses de célébrité s’il la casse. Le loup doit se démener, mais la casse. Óðinn envoie enfin Skírnir, le serviteur de Freyr, chez les nains, dans le Monde-des-alfes-noirs souterrain. Cette fois, il fait fabriquer le lien par des experts. Gleipnir a l’air d’un ruban de soie, mais est TRÈS solide. Skírnir est amplement remercié (il n’a pas l’habitude de voyager pour rien). Les ases emmènent le loup sur l’île Lyngvi « Bruyère », au milieu du lac Ámsvartnir (de svart « Noir »). Tous les ases l’essaient sans qu’il casse, mais affirment que le loup y arrivera sans difficulté. Le loup reste dubitatif :

« Il me semble que je ne retirerais aucune gloire à déchiqueter un lien si fin, mais s’il était fait avec art et artifice, alors, bien qu’il ait l’air fragile, ce lien ne me sera pas mis aux pattes. »
Les ases dirent alors qu’il pourrait vite déchiqueter un fin ruban de soie, lui qui avait cassé d’épaisses entraves de fer : « Mais si tu ne peux déchiqueter ce lien, tu ne seras pas en mesure d’effrayer les dieux, alors nous te libérerons. »
Le loup répondit : « Si vous m’attachez de telle sorte que je ne puisse me libérer, alors vous m’aurez dupé et je devrai attendre longtemps avant de recevoir de l’aide. Je suis réticent à me laisser passer ce lien. Mais plutôt que vous ne doutiez de mon courage, que l’un de vous mette sa main dans ma gueule en gage de votre bonne foi. »
Mais chacun des ases regardait l’autre et faisait face à un dilemme maintenant. Aucun ne voulut offrir sa main, jusqu’à ce que Týr avancât sa main droite et la mît dans la gueule du loup. Mais quand le loup donna des coups de pied, le lien durcit et plus il se débattait, plus il durcissait, plus il était résistant. Alors, tous rirent, sauf Týr. Il avait perdu sa main.

Au Ragnarök, Týr s’entretue avec le chien (loup) Garmr, ou Mánagarmr « Chien-de-la-lune ». Il a ainsi un destin (presque) identique à celui d’Óðinn (avalé par Fenrir).